Les Seychelles viennent d'approuver 33 nouveaux accords bilatéraux de services aériens (BASA) destinés à être enregistrés auprès de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Une décision stratégique prise en Conseil des ministres, révélatrice d'une économie insulaire qui tire les leçons de sa vulnérabilité aux perturbations extérieures.
Un archipel mis à l'épreuve par les turbulences du Moyen-Orient
Les récentes perturbations dans les États du Golfe ont mis en lumière une réalité inconfortable : les Seychelles dépendent des compagnies de la région pour environ 60 % de leur connectivité aérienne. Quand les vols ralentissent au Moyen-Orient, c'est l'économie entière de l'archipel qui ressent le choc — le tourisme y représente la principale source de devises étrangères, irrigant le transport, le commerce, la construction et les services.
La reprise du service quotidien d'Emirates le 1er mai 2026, après une interruption prolongée, avait constitué un signal de soulagement. Mais pour le vice-président Sebastien Pillay, la réponse durable est structurelle : diversifier les partenaires et sécuriser des droits de trafic auprès de marchés encore inexploités.
33 accords, une stratégie de résilience
Les 33 nouveaux BASA approuvés n'impliquent pas l'ouverture immédiate de liaisons directes depuis chaque pays signataire, mais créent le cadre juridique indispensable pour attirer de nouvelles compagnies aériennes. L'objectif est double : élargir le bassin de visiteurs au-delà des marchés européens et du Golfe, et renforcer la position d'Air Seychelles dans des partenariats de code-share.
En 2025, les arrivées touristiques avaient progressé de 13 %, portant l'archipel à un PIB par habitant de 17 670 dollars — le plus élevé d'Afrique selon le FMI. L'enjeu pour 2026-2027 est de consolider cette performance sans laisser la concentration géographique des flux aériens redevenir un talon d'Achille.
Pourquoi c'est important
Pour les Seychelles, la connectivité aérienne est l'économie. Chaque accord BASA est potentiellement une nouvelle ligne, un nouveau marché émetteur, un amortisseur contre les chocs géopolitiques. Pour les investisseurs régionaux, cette diversification signale une île qui capitalise sur ses succès tout en blindant ses points faibles — une maturité stratégique rare dans un archipel de 100 000 habitants.
L'expansion du port Victoria et la rénovation de l'aéroport international, déjà en appel d'offres, s'inscrivent dans la même logique : bâtir une infrastructure capable d'absorber des flux croissants et diversifiés, sans que le prochain choc régional ne referme, en quelques semaines, les vannes de toute l'économie.
Sources : Le Mauricien, CNBC Africa, IMF (avril 2026)