[SEYCHELLES] Agriculture : l'archipel engage sa révolution alimentaire pour réduire 70 % d'imports

Les Seychelles importent 70 % de leur alimentation. Face à ce risque systémique, le gouvernement engage une stratégie nationale 2024-2028 pour atteindre 100 % d'autosuffisance en œufs et réduire sa dépendance aux marchés mondiaux.

Seychelles — Business.OI
Photo : Ronny Buol / Pexels

Les Seychelles importent actuellement 70 % de leur alimentation. Ce chiffre, qui place l'archipel dans une vulnérabilité extrême face aux chocs logistiques et aux fluctuations des prix mondiaux, est désormais au cœur d'une stratégie nationale ambitieuse portée par le gouvernement de Victoria et l'Agence agricole seychelloise (SAA).

Un secteur marginal à réhabiliter d'urgence

L'agriculture ne représente aujourd'hui que 3 % environ du PIB des Seychelles, un chiffre dérisoire pour un archipel de 115 îles. La contrainte est d'abord géographique : le relief montagneux limite les surfaces arables, et les quelques terres cultivables sont soumises à une pression foncière intense dans un territoire où le tourisme capte l'essentiel des investissements.

Pourtant, la Stratégie nationale de développement 2024-2028 identifie l'agriculture comme un secteur prioritaire. Les objectifs sont concrets : atteindre 100 % d'autosuffisance en œufs de table, augmenter sensiblement la production locale de viandes — chèvre, porc, volaille — et de légumes frais.

Les outils de la transition

Pour financer cette mutation, le gouvernement a mis en place un Agriculture Development Fund destiné à soutenir les producteurs locaux en phase de montée en puissance. Le Physical Planning Regulations Act de 2023 établit par ailleurs des règles strictes de protection environnementale pour encadrer l'extension des terres agricoles sans mettre en péril les écosystèmes insulaires.

La SAA pilote directement plusieurs projets d'élevage intensif en mode contrôlé (poulets, cochons, chèvres) et accompagne les agriculteurs avec des intrants subventionnés et un appui technique renforcé. Les Seychelles collaborent aussi avec des partenaires régionaux — Maurice, La Réunion — pour bénéficier de transferts de savoir-faire en agriculture tropicale.

Pourquoi c'est important

La dépendance alimentaire est l'angle mort de tous les archipels de l'Océan Indien. La crise COVID-19 et les perturbations des chaînes d'approvisionnement post-2022 ont rendu visible ce que les décideurs savaient déjà : importer 70 % de sa nourriture expose une île à un risque systémique. Les Seychelles ouvrent ici un laboratoire réglementaire et financier dont les enseignements seront précieux pour Madagascar, Les Comores et Mayotte. La souveraineté alimentaire régionale n'est plus une option.

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