Le 10 juin 2026, l'Union européenne et quatre États insulaires de l'Océan Indien — les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles — ont officiellement conclu les négociations d'un accord de partenariat économique (APE) profondément revu. Pour la première fois en Afrique subsaharienne, un tel accord couvre non seulement les marchandises, mais aussi les services, les investissements et le commerce numérique.
Un cadre commercial sans précédent
Qualifié par les deux parties d'« accord de libre-échange moderne et complet », ce nouveau texte constitue une première historique pour l'espace subsaharien. Il englobe les biens, les services, les investissements, le commerce digital et intègre des clauses de coopération sectorielle dans des domaines stratégiques comme la pêche, l'agriculture et le numérique. Selon la déclaration commune publiée par le Service européen pour l'action extérieure (SEAE), l'accord reste ouvert à d'autres États d'Afrique orientale et australe « lorsqu'ils seront prêts ».
Quatre îles, un enjeu régional majeur
Les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles forment le groupe signataire côté africain. Pour ces quatre économies insulaires, l'accord représente un accès potentiellement sécurisé au marché unique européen pour leurs services : financiers à Maurice, numériques aux Seychelles, agroalimentaires à Madagascar et aux Comores. Il ouvre également la voie à des investissements européens plus structurés dans la région, jusqu'alors freinés par l'absence d'un cadre juridique couvrant les services.
La Réunion et Mayotte, les grandes absentes
L'exclusion des territoires français de La Réunion et de Mayotte des négociations a suscité des réactions politiques vives. Le vice-président du Parlement européen, Younous Omarjee, a publiquement dénoncé cette mise à l'écart, estimant que ces deux territoires ultramarins « auraient dû figurer dans les discussions ». L'épisode soulève une question structurelle de fond : comment les régions ultrapériphériques françaises peuvent-elles s'articuler avec les accords commerciaux que l'UE signe à leur voisinage immédiat ?
Les prochaines étapes
La conclusion des négociations ne vaut pas signature définitive. Les deux parties se sont engagées à finaliser la ratification « dans les délais les plus courts possible ». Côté européen, cela implique un vote du Parlement européen et l'approbation des États membres — un processus pouvant s'étaler sur plusieurs mois. Pour les entreprises de la région, l'enjeu sera d'anticiper dès maintenant les nouvelles règles d'accès au marché européen.
Pourquoi c'est important
Pour les décideurs économiques de l'Océan Indien, cet accord est un signal de premier plan : la région cesse d'être perçue comme une périphérie commerciale pour s'affirmer comme un partenaire structuré de l'Union européenne. Être le premier accord subsaharien à couvrir les services place Maurice, Madagascar, les Comores et les Seychelles dans une position pionnière, susceptible d'attirer des investisseurs européens en quête de bases régionales solides.