La Banque de Maurice a resserré la vis. Dans un contexte d'inflation persistante et de pressions croissantes sur les finances publiques, la Banque centrale a relevé son taux directeur de 25 points de base, le portant à 4,75 %. Une décision qualifiée de «timely and measured» par la gouverneure, mais qui illustre l'ampleur du défi macroéconomique auquel fait face l'île.
Une inflation qui s'installe
La Banque de Maurice projette une inflation pouvant atteindre 5,5 % en 2026. Au mois d'avril, l'inflation sous-jacente s'établissait encore à 6,1 %. Un niveau éloigné du pic historique de 11,3 % enregistré en février 2023, mais suffisamment élevé pour justifier un ajustement des taux. Les pressions proviennent d'un cocktail familier : dépenses publiques soutenues, roupie fragilisée — dépréciée d'environ 30 % face au dollar sur les cinq dernières années — et imports renchéris.
Des finances publiques sous pression
L'équation budgétaire est complexe. L'absence de la somme de 10 milliards de roupies attendue dans le cadre du Chagos Deal — non ratifié par le Parlement britannique — pourrait faire dériver le déficit public vers 6,9 à 7 % du PIB, contre une prévision initiale de 4,9 %. La dette publique avoisine déjà 90 % du PIB, un niveau qui préoccupe le FMI et les agences de notation.
Entre 2019 et 2024, la Banque de Maurice a transféré environ 97 milliards de roupies au gouvernement pour soutenir l'économie pendant les crises successives, dont 81 milliards injectés dans la Mauritius Investment Corporation. Un héritage monétaire lourd, qui complique aujourd'hui la normalisation.
Croissance solide, mais fragilités réelles
Le FMI projette une croissance d'environ 2,8 % pour Maurice en 2026 — raisonnable, mais en deçà des espoirs. La TVA, principale source de recettes, dépend d'une consommation des ménages qui ralentit. Le FMI et les agences de notation appellent à la consolidation budgétaire et à des aides ciblées plutôt qu'à des subventions généralisées.
Pourquoi c'est important
Maurice reste la référence financière de l'Océan Indien, première place d'investissement du continent selon Bloomberg Economics 2026. Mais sa crédibilité monétaire et budgétaire est à préserver. Le relèvement du taux directeur envoie un signal rassurant aux marchés — la Banque centrale fait son travail. À condition que les finances publiques suivent le même chemin de rigueur.