L'économie mauricienne aborde le dernier trimestre 2026 avec des fondamentaux fragilisés. Les prévisions de croissance ont été ramenées à une fourchette de 2,8 % à 3 %, contre 3,2 % en 2025. Un ralentissement qui interroge sur la capacité du pays à changer de palier — et sur les réformes structurelles qu'il devra engager.
Un premier trimestre décevant
Le PIB réel n'a progressé que de 2 % au T1 2026, contre 3,4 % un an plus tôt. L'inflation s'est maintenue à 4,9 % en août — un niveau qui érode le pouvoir d'achat des ménages et comprime les marges des entreprises. La Banque de Maurice, qui avait relevé son taux directeur de 25 points de base en mai (à 4,75 %), a maintenu ce cap en août, sans surprise pour les marchés.
Tourisme solide, investissement privé en berne
Le tourisme continue de porter l'économie : 804 633 arrivées sur janvier-juillet, soit une hausse de 2,1 %, pour des recettes de Rs 55,9 milliards au premier semestre (+18 %). Mais Statistics Mauritius anticipe une contraction de l'investissement privé de 1,2 % en termes réels — un signal d'alarme pour la dynamique de long terme. La construction, l'industrie et les PME peinent à prendre le relais du tourisme et des services financiers.
Des risques extérieurs qui s'accumulent
L'économiste Sameer Sharma évoque un « choc stagflationniste direct » lié aux tensions au Moyen-Orient, qui font grimper les coûts énergétiques et logistiques. La faiblesse de la demande européenne — premier marché touristique de Maurice — et la volatilité de la roupie viennent s'ajouter à un tableau déjà complexe. L'impact de l'IA générative sur les emplois du BPO et du back-office est également cité comme un risque émergent si le système éducatif n'évolue pas.
Le calendrier d'exécution budgétaire, clé du second semestre
Selon l'économiste Dookhony, l'issue du dernier trimestre dépendra largement de la capacité de l'État à exécuter ses projets : terminal à conteneurs, digitalisation des services publics, simplification des procédures. Plusieurs économistes plaident pour un objectif de croissance de 4 % à moyen terme et des réformes ciblées — dont une taxe sur la valeur foncière des terrains non exploités pour libérer le foncier productif.
Pourquoi c'est important
Maurice a bâti son modèle sur deux piliers — tourisme et services financiers — qui montrent leurs limites en période de vents contraires. Le pays doit diversifier son économie et renforcer ses moteurs de croissance intérieure pour sortir durablement du palier des 3 %. Ce bilan de fin d'année en sera le premier test.