Le 2 septembre 2026, la direction de Concentrix CVG (Mauritius) Ltd a réuni son personnel pour annoncer la fermeture définitive de ses opérations à Ébène. Environ 320 collaborateurs se retrouvent face à l'incertitude, marquant un nouveau tournant pour le secteur BPO de l'île Maurice.
D'un millier à moins de 300 : une érosion accélérée
L'histoire de cette fermeture est celle d'un déclin lent mais inexorable. En 2023, Concentrix employait encore quelque 870 personnes à Maurice. Depuis, 7 clients majeurs ont quitté le portefeuille en six ans, sans qu'un seul remplaçant pérenne ne soit trouvé. Le dernier client acquis n'aura tenu que 18 mois. Résultat : les effectifs ont fondu de plus de 60 % en trois ans, pour tomber sous la barre des 320 aujourd'hui.
L'IA et la réglementation française : un double choc
La direction cite explicitement « la transformation technologique rapide — IA, chatbots, automatisation » parmi les causes de la fermeture. Ces facteurs technologiques se combinent à des contraintes réglementaires françaises sur le démarchage téléphonique, qui ont directement impacté les opérations francophones de l'île. Maurice, longtemps positionnée comme hub BPO francophone privilégié grâce à son bilinguisme et à ses coûts attractifs, se retrouve aujourd'hui prise en étau entre des coûts de production jugés trop élevés et une concurrence algorithmique croissante qui déplace la valeur vers l'automatisation.
Une fermeture « transparente et responsable »
La société a promis que la fermeture se déroulerait de manière « transparente, légale et responsable », conformément au droit du travail mauricien. Les collaborateurs avaient jusqu'au 11 septembre pour désigner leurs représentants en vue des négociations formelles de fermeture. Le cadre légal prévoit des indemnités de licenciement et une période de consultation obligatoire.
Pourquoi c'est important
Le départ de Concentrix soulève une question stratégique pour Maurice. Le secteur BPO/ITO représente l'un des piliers de la diversification économique de l'île et l'un des principaux employeurs de diplômés francophones. Si l'IA menace les emplois de traitement de l'information à faible valeur ajoutée, elle ouvre simultanément des opportunités dans la supervision, la gestion des algorithmes et les services à haute expertise. La Stratégie nationale fintech 2026-2030, adoptée par le gouvernement, pourrait offrir des débouchés à ces 320 professionnels qualifiés — à condition d'accélérer les formations de reconversion et d'adapter le cadre réglementaire à ces nouveaux métiers numériques.