Statistics Mauritius a procédé à un rebasage majeur de ses comptes nationaux en septembre 2026, déplaçant l'année de référence de 2018 à 2023. Résultat : le PIB nominal de l'île est révisé à la hausse de 3,6 % à 9,4 % selon les années — mais l'objectif de croissance de 3 % pour 2026 reste fragile face aux incertitudes mondiales.
Un PIB officiellement plus grand
Le rebasage intègre les recommandations du Système de Comptabilité Nationale 2025 (SCN 2025), avec l'appui technique du FMI. Concrètement, le PIB nominal 2025 passe de 743 à 810 milliards de roupies mauriciennes, soit une révision à la hausse de 9,1 %. Pour 2026, Statistics Mauritius projette un PIB nominal de 873 milliards de roupies.
Cette révision ne modifie pas en profondeur les taux de croissance réels : 2023 passe de 4,7 % à 4,5 %, 2024 de 4,9 % à 4,2 %, et 2025 de 3,2 % à 3,5 %. L'économie mauricienne reste sur une trajectoire de décélération progressive.
3% : un objectif optimiste selon le FMI
L'autorité statistique cible 3 % de croissance pour 2026, un chiffre progressivement relevé au fil de l'année (2,3 % en mars, 2,4 % en juin, 3 % au 30 septembre). Le FMI, en revanche, table sur environ 2 % — un écart significatif qui reflète des lectures différentes du contexte économique mondial.
L'économiste Manisha Dookhony souligne les pressions inflationnistes qui pèsent sur les ménages : remboursements de crédits en hausse, coût de la vie élevé, recul de la consommation. Ces éléments réduisent mécaniquement les recettes de TVA et compriment le premier moteur du PIB mauricien.
Des signaux contrastés dans les secteurs clés
Le tableau sectoriel pour 2026 est nuancé. L'agriculture (+4,2 %) et les technologies de l'information (+5 %) affichent de bonnes perspectives. La finance devrait progresser de 4,7 %. En revanche, le tourisme ralentit : le secteur hébergement-restauration ne devrait croître que de 2,2 %, avec 1,47 million de touristes attendus. La construction, après un recul de 2,1 % en 2025, devrait renouer avec une très légère reprise à +0,9 %.
Le recul des ventes de véhicules, les fermetures d'entreprises textiles et les difficultés dans la construction — après la faillite d'un acteur majeur — constituent autant de signaux qui alimentent le scénario prudent du FMI.
Pourquoi c'est important
Ce rebasage dépasse la simple révision comptable. Il modifie la perception internationale de la taille et de la solidité de l'économie mauricienne, avec des effets sur les ratios de dette, les notes de crédit et l'attractivité pour les investisseurs. La divergence entre les projections gouvernementales (3 %) et celles du FMI (~2 %) invite à surveiller les indicateurs de consommation et de confiance des entreprises dans les prochaines semaines. Maurice aborde le dernier trimestre 2026 avec un PIB plus large sur le papier, mais une économie réelle qui doit composer avec un environnement mondial encore incertain.
Sources : Statistics Mauritius / newsmoris.com / allAfrica.com / FMI Article IV Mauritius 2026