[MAURICE] À 3 % de croissance, Maurice peut-elle changer de modèle économique ?

La croissance mauricienne est projetée à 3 % en 2026, avec un investissement privé en recul de 0,8 % et une dette publique à 87 % du PIB selon le FMI. Le pays peut-il passer à la vitesse supérieure ?

Maurice — Business.OI
Photo : Kenrick Baksh / Pexels

Port-Louis, 10 octobre 2026 — Les dernières estimations de Statistics Mauritius le confirment : l'économie mauricienne croîtra de 3 % en 2026, contre 3,5 % en 2025 et 4,2 % en 2024 (chiffre révisé). Une décélération régulière qui relance un débat de fond : à quel rythme de croissance Maurice peut-elle véritablement changer de modèle économique ?

Un ralentissement généralisé

Le PIB nominal devrait atteindre environ 873 milliards de roupies, soit une hausse nominale de 7,8 % tirée davantage par l'inflation que par la création de richesse réelle. L'investissement recule sur tous les fronts : l'investissement privé perdrait 0,8 % et l'investissement public 2,3 %, faisant passer la part de l'investissement dans le PIB de 21 % à 20,2 %. La consommation reste positive (+2,2 % en termes réels) mais ralentit, sous l'effet des prix de l'énergie et des importations.

La dette comme contrainte majeure

Le FMI estime que la dette publique mauricienne atteindra 87 % du PIB à fin juin 2026, pour un déficit budgétaire prévu à 3,7 %. Moody's maintient la note Baa3 avec perspective négative, pointant notamment l'incertitude qui entoure les 10,6 milliards de roupies de recettes liées au Chagos Deal — un versement dont l'effectivité reste conditionnelle.

Le défi de la productivité

Au cœur du débat : la productivité totale des facteurs n'a progressé que de 2,4 % par an en moyenne depuis 2010, contre 4,2 % pour les économies comparables à revenu intermédiaire supérieur. Les secteurs à valeur ajoutée — numérique, intelligence artificielle, biotechnologie — progressent (TIC +5 %), mais restent trop marginaux pour peser sur l'ensemble de l'économie.

Pourquoi c'est important

Les économistes s'accordent sur un seuil minimal de 4 % à 5 % de croissance réelle pour financer la transition vers un modèle à plus haute valeur ajoutée et créer suffisamment d'emplois qualifiés. La comparaison avec Malte, Chypre ou les Seychelles — qui affichent des dettes et des déficits mieux maîtrisés — montre qu'une telle diversification est possible. Mais le temps presse : avec le budget 2026-2027 dont les arbitrages sont attendus dans les prochaines semaines, le gouvernement mauricien doit choisir entre rigueur budgétaire et relance de l'investissement.

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