Nairobi, 4 septembre 2026. Le président kényan William Ruto a lancé une directive sans précédent : tous les ressortissants étrangers qui tiennent des boutiques, des échoppes ou exercent une activité de colportage au Kenya doivent fermer avant le 7 septembre 2026. Un délai de moins d'une semaine qui plonge des milliers de commerçants dans l'incertitude.
Un décret qui secoue le petit commerce d'Afrique de l'Est
La directive, annoncée à la fin du mois d'août et confirmée le 2 septembre, vise explicitement les marchands de détail étrangers. Elle répond à des années de pression des associations de commerçants kényans, qui dénoncent une concurrence jugée déloyale de la part de ressortissants chinois, somaliens, nigérians ou pakistanais — souvent accusés de proposer des marchandises à bas prix en contournant les circuits traditionnels d'importation.
La présidence indique que les petites activités commerciales — dukas (épiceries de proximité), kiosques, vente ambulante — relèvent désormais des « secteurs réservés aux citoyens kényans », conformément à la législation sur la promotion du commerce intérieur. Les entreprises à capitaux étrangers exerçant des activités de gros ou disposant d'un capital investi significatif ne sont pas visées par cette mesure.
Des milliers de moyens de subsistance en jeu
L'impact immédiat est massif. Des milliers de marchands — dont beaucoup sont présents au Kenya depuis plusieurs années, parfois avec des permis de résidence en règle — se retrouvent sommés de liquider leurs stocks et de fermer leurs portes en quelques jours. Plusieurs communautés étrangères ont exprimé leur désarroi, évoquant des pertes financières importantes sans mécanisme de compensation prévu.
Du côté des associations de commerçants kényans, le soulagement est patent. La Kenya National Chamber of Commerce and Industry avait depuis longtemps réclamé ce type de protection, estimant que le commerce informel étranger représente une concurrence directe pour les PME locales.
Un précédent qui inquiète les partenaires régionaux
Ce décret intervient dans un contexte de montée des tensions économiques en Afrique de l'Est. Plusieurs pays voisins observent la situation de près, craignant des mesures de rétorsion commerciale ou un effet de contagion. La Communauté d'Afrique de l'Est (CAE), qui promeut la libre circulation des personnes et des marchandises entre ses membres, pourrait se trouver en porte-à-faux avec cette politique.
Les analystes soulignent également le risque de ruptures d'approvisionnement dans les marchés informels qui dépendent largement de ces réseaux de distribution étrangers, notamment pour certains produits alimentaires et manufacturés. Kenya a reçu un délai au 7 septembre — soit 72 heures à compter du 4 septembre — pour appliquer la mesure.
Pourquoi c'est important
Le Kenya, première économie d'Afrique de l'Est, joue un rôle de locomotive régionale. Une politique protectionniste à Nairobi envoie un signal ambigu aux investisseurs et partenaires commerciaux : si la protection des PME locales est légitime, la méthode — un délai de quelques jours sans transition ni compensation — témoigne d'une préférence pour le symbole politique sur la gestion économique ordonnée. Pour les entrepreneurs de la diaspora de l'Océan Indien actifs au Kenya, comme pour les PME malgaches ou comorennes exportant vers ce marché, les prochains jours seront déterminants.