Le Kenya a réalisé l'une des performances les plus spectaculaires du marché africain des fusions-acquisitions au premier semestre 2026 : la valeur des transactions a bondi de 670,5 % par rapport au premier semestre 2025, atteignant 1,44 milliard de dollars. Le pays a grimpé de la sixième à la première place du continent par valeur — devant le Nigeria, longtemps incontesté. Une statistique qui traduit bien plus qu'un simple choc conjoncturel : le Kenya s'affirme comme le hub d'investissement de référence de l'Afrique de l'Est.
Nedbank-NCBA : le méga-deal qui fait basculer les équilibres
La transaction à l'origine de cette ascension est l'offre de rachat de la banque sud-africaine Nedbank sur 66 % du capital de NCBA Group — l'un des principaux groupes bancaires kényans — valorisée à environ 855 millions de dollars. L'opération figure au deuxième rang des plus grandes transactions enregistrées sur l'ensemble du continent africain au premier trimestre 2026, tous secteurs confondus.
Ce deal illustre l'attractivité croissante du secteur bancaire kényan, qui concentre plus des trois quarts de l'activité financière nationale. Pour Nedbank, l'acquisition est un pari sur la croissance à long terme du marché est-africain et un point d'entrée privilégié vers une clientèle en pleine expansion.
Les banques kényanes misent sur le numérique
Au-delà du méga-deal Nedbank-NCBA, une autre transaction signale une tendance de fond : KCB Group, deuxième banque kényane par les actifs, a pris une participation majoritaire dans Riverbank Solutions, un acteur fintech local. Cette opération illustre la stratégie des grandes banques est-africaines : acquérir des capacités numériques plutôt que les développer en interne, dans un marché où la concurrence des néobanques et des opérateurs de mobile money s'intensifie.
Le Kenya enregistre au total 25 transactions au premier semestre — moins que les 39 du Nigeria — mais représente désormais environ huit fois plus de capital mobilisé que son rival ouest-africain, dont la valeur des deals s'est effondrée de 88,9 % à seulement 105,8 millions de dollars. Le Nigeria conserve le leadership en volume, mais perd clairement celui du capital.
Un contexte continental contrasté
Sur l'ensemble de l'Afrique hors Afrique du Sud, la valeur des fusions-acquisitions a reculé de 10 % à 5,58 milliards de dollars sur 166 transactions. Les opérations dans l'énergie et les mines en Angola, au Ghana et en Guinée équatoriale ont pesé 1,21 milliard de dollars dans la balance, maintenant une activité soutenue dans les secteurs de ressources naturelles malgré un environnement géopolitique complexe.
Pourquoi c'est important
Le repositionnement du Kenya au sommet du M&A africain confirme la montée en puissance de Nairobi comme centre de gravité financier du continent. Pour les opérateurs de l'Océan Indien — investisseurs mauriciens, fonds de la place financière de Port-Louis, groupes réunionnais présents en Afrique de l'Est — ce signal appelle à une réorientation ou un renforcement des positionnements stratégiques. L'Afrique de l'Est n'est plus seulement une zone de croissance en devenir : c'est déjà le terrain de jeu des transactions les plus ambitieuses du continent.