Le Bureau national des statistiques du Kenya (KNBS) a publié début mai 2026 son enquête économique annuelle. Le pays affiche une croissance de 4,6 % en 2025, 822 100 emplois créés et une bourse en plein envol. Mais derrière ces indicateurs positifs se profile une dette publique record à KSh 11 400 milliards, dont les intérêts seuls dépassent les budgets cumulés de la santé et du logement.
Une croissance de 4,6 % tirée par des secteurs diversifiés
L'économie kenyane a progressé de 4,6 % en 2025 (contre 4,7 % en 2024), portant le PIB nominal à KSh 17 600 milliards. Les secteurs les plus performants sont l'hébergement et la restauration (+15,6 %), les mines et carrières (+14,9 %, après une contraction de -7,8 % en 2024) et les services financiers (+6,5 %). L'inflation a été ramenée à 4,1 %, grâce notamment à la baisse des prix de l'énergie.
822 100 emplois créés, mais 84 % dans l'informel
L'économie a généré 822 100 emplois nets en 2025, portant le total des actifs à 21,6 millions de personnes. Mais 83,8 % de ces travailleurs exercent dans le secteur informel — soit 18,1 millions d'individus. Le secteur formel ne compte que 3,31 millions d'emplois, un chiffre qui souligne les limites de la transformation structurelle.
La bourse kenyane en hausse de 56 %
L'indice NSE-20 de la Bourse de Nairobi a bondi de 56 % sur un an, reflet du regain de confiance des investisseurs. Le shilling s'est apprécié, la transmission monétaire reste toutefois incomplète : malgré un taux directeur abaissé de 11,25 % à 9 %, les taux bancaires ne sont descendus que de 16,89 % à 14,82 %.
L'ombre de la dette
La dette publique kenyane atteint KSh 11 400 milliards. Les intérêts annuels — KSh 851 milliards — dépassent à eux seuls les budgets combinés de la santé et du logement. Par ailleurs, le secteur manufacturier n'a progressé que de 2 %, son rythme le plus faible en cinq ans — un signal d'alerte pour la création d'emplois formels à grande échelle.
Pourquoi c'est important
Le Kenya reste le moteur incontesté de l'Afrique de l'Est. Mais son modèle de croissance montre ses limites : économie informelle dominante, industrie en perte de vitesse et dette qui réduit l'espace budgétaire. Pour les investisseurs régionaux de l'Océan Indien, la stabilité macro-financière est réelle, mais la vigilance sur la soutenabilité de la dette s'impose. Le pays a les fondamentaux pour accélérer — à condition de sécuriser ses finances publiques.