Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique, a acquis 24,76 % de Kenya Pipeline Company pour environ 327 millions USD. L'annonce faite à Londres le 21 octobre complète une stratégie énergétique intégrée : raffinerie à Lamu, distribution par pipeline, IPO panafricaine.
Un actif stratégique au cœur de l'Est africain
Kenya Pipeline Company (KPC) est l'épine dorsale logistique du secteur pétrolier kenyan : 1 342 km de pipeline, des dépôts, des stations de pompage et des terminaux traitant environ 14 milliards de litres de carburant par an. Fondée en 1973, elle approvisionne le marché intérieur kenyan et plusieurs pays voisins. Jusqu'en 2026, l'État kenyan en était l'unique actionnaire — avant qu'une introduction en Bourse ne cède 65 % du capital au public. Dangote a alors procédé à un achat de bloc sur la Nairobi Securities Exchange (NSE), à un prix de transaction d'environ 42,5 milliards de shillings kenyans (~327 millions USD), soit une valorisation totale de 163,9 milliards de KSh.
La logique d'une chaîne de valeur continentale
« Nous avons acheté 25 % de leur réseau pipelinier pour la distribution de produits pétroliers », a déclaré Dangote lors de son annonce à Londres. L'opération s'inscrit dans une stratégie de chaîne de valeur intégrée : le magnat nigérian construit déjà une raffinerie à Lamu — un investissement de 16 milliards USD, avec une mise en service visée vers 2030, modélisée sur sa colossale raffinerie de Lagos (700 000 barils/jour). Contrôler à la fois la production et la distribution change fondamentalement le rapport de force dans le secteur.
Un IPO ouvert à l'Est africain
Parallèlement, Dangote a lancé l'introduction en Bourse de sa raffinerie nigériane, ouverte à hauteur de 20 % aux investisseurs est-africains, avec un objectif de lever jusqu'à 300 millions USD auprès de cette région. L'Afrique de l'Est se retrouve ainsi au centre d'une stratégie industrielle et financière continentale inédite, portée par un capital endogène.
Pourquoi c'est important
Pour la première fois, un milliardaire africain prend le contrôle d'une infrastructure pétrolière clé dans un pays tiers africain — sans passer par des investisseurs occidentaux ou du Golfe. L'opération pose des questions légitimes sur l'équilibre entre intérêts commerciaux et sécurité énergétique nationale. Mais elle démontre surtout que le capital africain est désormais capable de financer des actifs continentaux majeurs. Une leçon que les économies de l'OI, en quête d'investisseurs, devraient méditer.