[KENYA / AFRIQUE] Dangote mise 17 milliards de dollars sur Lamu : la mégara-raffinerie qui transformera l'Afrique de l'Est

Aliko Dangote a choisi Lamu, sur la côte kenyane, pour sa mégara-raffinerie d'Afrique de l'Est : 700 000 barils/jour, 17 à 20 milliards de dollars d'investissement. Un projet qui redessine l'industrie pétrolière du continent — mais doit encore résoudre l'équation de l'approvisionnement.

Kenya — Business.OI
Photo : Tom Fisk / Pexels

Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique, a choisi Lamu, sur la côte kenyane, pour y bâtir la plus grande raffinerie de pétrole d'Afrique de l'Est. Avec une capacité de 700 000 barils par jour et un investissement estimé entre 17 et 20 milliards de dollars, le projet redessine les ambitions industrielles du continent — mais soulève d'immenses défis logistiques.

Un choix stratégique pour l'Afrique de l'Est

L'annonce, confirmée en juillet 2026 par un cadre du groupe Dangote auprès de l'AFP, met fin à des mois de spéculation sur la localisation de ce projet pharaonique. Lamu, port en développement sur la côte nord du Kenya, a été préféré à d'autres sites régionaux. Le choix n'est pas anodin : Lamu est le point d'ancrage du corridor LAPSSET (Lamu Port-South Sudan-Ethiopia Transport Corridor), l'un des projets d'infrastructure les plus ambitieux du continent africain, reliant le Kenya, le Soudan du Sud et l'Éthiopie.

La raffinerie, dont la construction est estimée à 30 mois, dépasserait en capacité la méga-raffinerie nigériane de Dangote (650 000 barils/jour), déjà la plus grande d'Afrique. Si elle se concrétise, elle constituerait un saut qualitatif majeur pour l'industrialisation régionale.

Un paradoxe africain à corriger

Le projet s'attaque à l'une des contradictions les plus flagrantes du continent : l'Afrique subsaharienne exporte 75 % de son pétrole brut vers des raffineries étrangères, puis réimporte 70 % de ses produits raffinés — essence, kérosène, diesel — à prix fort. Cette dépendance coûte des milliards de dollars chaque année à des économies qui auraient tout intérêt à maîtriser leur chaîne de valeur pétrolière.

Pour Dangote, Lamu représente une opportunité de reproduire à l'Est le modèle nigérian, avec un marché régional de plusieurs centaines de millions de consommateurs et un positionnement au carrefour des routes maritimes de l'Océan Indien. « L'Afrique est ouverte aux affaires et les gens sont prêts à entrer dans ces secteurs », a-t-il déclaré.

Des défis colossaux à surmonter

Les analystes tempèrent l'enthousiasme. Le premier obstacle est l'approvisionnement en brut : sécuriser 700 000 barils par jour est un défi immense. Le Soudan du Sud, potentiellement contributeur, ne produit que 174 000 barils/jour et souffre d'une instabilité chronique. Un oléoduc de raccordement de 1 500 km depuis les champs sud-soudanais coûterait à lui seul 1,5 milliard de dollars supplémentaires. Les champs de TotalEnergies en Ouganda pourraient compléter l'approvisionnement, mais leur mise en production reste tributaire de calendriers incertains. « Il faudrait que tellement de facteurs s'alignent », a sobrement résumé une analyste spécialisée citée par L'Énergeek.

Pourquoi c'est important

Ce projet dépasse largement le cadre du Kenya. Il signale que les capitaux africains privés — portés par les grands groupes continentaux — sont désormais prêts à prendre en main l'industrialisation du continent sans attendre les bailleurs traditionnels. Pour l'Océan Indien, une raffinerie opérationnelle à Lamu changerait radicalement les dynamiques d'approvisionnement en carburant de toute la région : Maurice, La Réunion, Madagascar et les Seychelles importent la totalité de leurs produits pétroliers raffinés. Une source régionale compétitive aurait des implications directes sur leurs coûts énergétiques et leur dépendance aux marchés asiatiques et du Golfe.

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