Le 1er septembre 2026, en marge du salon LEAP à Riyad, deux géants de l'investissement — l'Africa Finance Corporation (AFC) et l'Arabie saoudite Vision International Investment Company (Vision Invest) — ont signé un accord de 300 millions de dollars pour financer l'expansion de WIOCC (West Indian Ocean Cable Company). Pour l'Afrique subsaharienne et l'Océan Indien, c'est l'un des investissements numériques les plus significatifs de l'année.
Un réseau déjà présent dans 30 pays africains
WIOCC n'est pas un inconnu. L'entreprise opère déjà dans une trentaine de pays africains, avec des actionnaires stratégiques tels qu'Uganda Telecom, Djibouti Telecom, Mozambique Telecom et Telkom Kenya. Les 300 millions injectés vont lui permettre d'accélérer sur trois fronts : la construction de datacenters, le déploiement de réseaux de fibre optique terrestre, et le financement de nouveaux câbles sous-marins reliant l'Afrique aux marchés internationaux.
L'objectif affiché est de créer des capacités partagées accessibles à l'ensemble des acteurs économiques — opérateurs télécoms, startups, administrations publiques — pour abaisser structurellement le coût de la connectivité sur le continent.
Le retard de l'Afrique, chiffré
La nécessité de cet investissement se lit dans les statistiques. Le taux de pénétration Internet en Afrique atteignait 35,7 % en 2025, contre une moyenne mondiale de 73,6 %. Ce fossé numérique se traduit directement en pertes de productivité, d'opportunités commerciales et d'accès aux marchés de capitaux. Selon certaines projections, combler ce retard pourrait débloquer plusieurs centaines de milliards de dollars de PIB additionnel sur le continent.
Le marché mondial de l'IA est attendu à 4 800 milliards de dollars d'ici 2033. Aucune économie africaine — incluant celles de l'Océan Indien — ne pourra capter une part de cette croissance sans une infrastructure de connectivité fiable et abordable.
Un impact direct pour l'Océan Indien
Le nom même de WIOCC — West Indian Ocean Cable Company — dit tout de l'ambition régionale. Les territoires de l'OI (Maurice, Réunion, Madagascar, Seychelles, Comores) sont déjà des nœuds critiques sur les routes de câbles sous-marins reliant l'Asie à l'Europe et à l'Afrique de l'Est. Une amplification des infrastructures de WIOCC renforce directement leur position géostratégique et commerciale.
Pour Maurice, hub financier régional, et pour les Seychelles, qui développent leur secteur de services financiers offshore, une connectivité renforcée est un facteur de compétitivité direct face à des places comme Singapour ou Dubaï.
Pourquoi c'est important
La combinaison d'un acteur panafricain (AFC) et d'un fonds du Golfe (Vision Invest) pour financer l'infrastructure numérique africaine marque une rupture. Pendant longtemps, ces investissements venaient principalement de Chine ou d'acteurs occidentaux. L'émergence de capitaux du Golfe dans l'infrastructure africaine dessine un nouveau triangle stratégique — Afrique, Asie du Sud-Ouest, Océan Indien — dont les économies insulaires et côtières de la zone OI se trouvent au centre.