Tenu à Nairobi en mai 2026, le sommet Africa Forward a vu la France annoncer 23 milliards d'euros d'engagements (14 milliards français, 9 milliards africains) sur trois secteurs clés : transition énergétique, agriculture et intelligence artificielle. Avec 250 000 emplois attendus, ce sommet marque un tournant dans la stratégie économique de Paris en Afrique — et repositionne les entreprises françaises dans un continent en pleine recomposition.
Un sommet inédit : Paris se déplace en territoire anglophone
Pour la première fois, la France a organisé son grand sommet économique africain dans un pays anglophone — le Kenya. Un signal diplomatique fort dans un contexte de recul de l'influence française en Afrique sahélienne. C'est à Nairobi, devant le président William Ruto et une délégation de plus de 30 pays africains, qu'Emmanuel Macron a annoncé une enveloppe totale de 23 milliards d'euros — dont 14 milliards de la partie française et 9 milliards venant d'investisseurs africains privés.
Le président kenyan a posé le ton : « Nous ne devons plus raisonner en termes d'aide et de prêts, mais d'investissement et de ce que l'Afrique peut offrir ». Un cadrage qui tranche avec les approches traditionnelles de l'aide au développement.
Trois secteurs stratégiques, 250 000 emplois
Les engagements portent prioritairement sur la transition énergétique, l'agriculture et l'intelligence artificielle. Sur le volet logistique, le groupe CMA CGM a annoncé un engagement de 700 millions d'euros pour moderniser le terminal portuaire de Mombasa, principal hub de l'Afrique de l'Est. L'impact emploi est estimé à 250 000 postes créés des deux côtés de la Méditerranée.
Macron a insisté sur la notion de « partenariat d'égal à égal » et a réitéré l'engagement de la France à restituer des artefacts culturels africains — une ouverture symbolique qui accompagne le volet économique.
Un tournant géopolitique pour les entreprises de l'Océan Indien
Pour les acteurs économiques de l'Océan Indien — La Réunion, Maurice, Madagascar, les Comores — ce sommet a une résonnance particulière. Les entreprises françaises et africaines qui bénéficieront de ces investissements chercheront des relais dans la région. La réorientation de flux financiers vers l'Afrique de l'Est (Kenya en tête) se conjugue naturellement avec la montée en puissance de Maurice comme hub régional.
Par ailleurs, l'accent mis sur l'IA et la tech africaine ouvre des perspectives pour les startups de l'OI : des financements et des partenariats industriels franco-africains pourraient irriguer l'écosystème local, à condition que les acteurs régionaux se positionnent rapidement dans ces discussions.
Pourquoi c'est important
23 milliards d'euros de Paris vers l'Afrique, ce n'est pas une aide — c'est un pari commercial. La France repositionne ses entreprises sur un continent que la Chine, les États-Unis et le Golfe disputent âprement. Pour les décideurs de l'Océan Indien, cette compétition entre puissances pour l'Afrique est une opportunité : elle multiplie les partenaires potentiels et les sources de financements à mobiliser dans la zone.
Source : Al Jazeera, African Business Magazine, Africa24 TV (Africa Forward Summit, Nairobi, mai 2026).