Pour la première fois dans l'histoire du continent, le commerce intra-africain devrait dépasser les 230 milliards de dollars en 2026, soit une progression de 10 % par rapport aux 210 milliards enregistrés en 2025. C'est la projection centrale de l'« African Trade and Economic Outlook 2026 » d'Afreximbank, publié en mars 2026 — un scénario qualifié d'optimiste mais jugé atteignable si la stabilité politique se maintient et si les négociations commerciales mondiales ne déraillent pas.
Les moteurs de la croissance
Trois facteurs structurels expliquent l'accélération. D'abord, la mise en œuvre progressive de l'AfCFTA (Accord de Libre-Échange Continental Africain), avec l'élimination des barrières non tarifaires sur les principaux corridors commerciaux. Ensuite, l'entrée en vigueur du Système de Paiement et de Règlement Pan-Africain (PAPSS), qui devrait réduire les coûts de change de 20 à 30 % — un frein historique aux échanges continentaux. Enfin, l'adoption du protocole AfCFTA sur le commerce numérique, qui ouvre la voie à une économie digitale panafricaine.
Sur le plan sectoriel, l'industrie manufacturière et l'agroalimentaire devraient représenter 48 à 50 % des flux intra-africains en 2026, contre 46 % en 2025. Cette montée en puissance des secteurs à valeur ajoutée compense le recul des flux de matières premières. L'Afrique australe reste le premier moteur, mais l'Afrique de l'Est et de l'Ouest accélèrent leur participation.
Des défis qui persistent
La projection reste conditionnelle. La stabilité politique dans des régions-clés comme le Sahel ou la Corne de l'Afrique est un prérequis. L'instabilité en Afrique du Sud — avec des blocages budgétaires sur Johannesburg et d'autres villes — constitue un facteur de risque pour la plus grande économie du continent. Et le contexte commercial mondial, marqué par les tensions géopolitiques et les politiques protectionnistes, peut comprimer les marges de manœuvre africaines.
Au forum AfCFTA qui s'est tenu au Togo, une African Trade and Distribution Company a été lancée — un véhicule destiné à fluidifier les transactions transfrontalières et à réduire la dépendance aux intermédiaires extra-africains.
Pourquoi c'est important
Pour les entreprises et investisseurs de l'Océan Indien, la montée en puissance du commerce intra-africain représente une opportunité de premier ordre. Les corridors logistiques qui passent par Maurice, Madagascar ou les Seychelles prennent une valeur stratégique nouvelle. La région OI a toutes les cartes en main pour se positionner comme interface entre les flux africains et les marchés asiatiques et européens — à condition d'agir maintenant.