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# [MADAGASCAR] Graphite : 85 000 tonnes exportées brutes, la transformation locale reste absente
- URL: https://businessoi.media/madagascar-graphite-85-000-tonnes-exportees-brutes-la-transformation-locale-reste-absente/
- Published: 2026-07-20T08:46:00.000Z
- Updated: 2026-07-20T08:46:00.000Z
- Description: Madagascar produit 85 000 tonnes de graphite par an — 1er rang africain — mais exporte la quasi-totalité sans transformation locale. NextSource investit 291 M$ à Abu Dhabi plutôt qu'à Madagascar.
- Author: Emmanuel TAOCHY
- Tags: Madagascar, Économie, Investissement, Flash de mi-journée, #fr

**Madagascar est devenu le premier producteur de graphite d'Afrique. Pourtant, la quasi-totalité du minerai quitte l'île sans transformation. Une occasion industrielle historique que les décideurs tentent aujourd'hui de corriger.**

## Un champion africain sans valeur ajoutée

En 2024, Madagascar a extrait **85 000 tonnes de graphite**, dépassant le Mozambique et s'imposant comme leader continental. En 2025, la production se maintient autour de **80 000 tonnes**. Le graphite malgache alimente des chaînes de batteries pour véhicules électriques et des applications industrielles stratégiques — mais ces filières se développent à l'étranger, pas sur la Grande Île.

## Le paradoxe NextSource : mine à Madagascar, usine à Abu Dhabi

Le cas le plus emblématique est celui de NextSource Materials, opérateur de la mine de Molo dans le sud du pays. La société extrait localement, mais a choisi d'investir **291 millions de dollars** dans une installation de transformation aux Émirats arabes unis. Une décision rationnelle sur le plan économique — énergie moins chère, infrastructures plus fiables — mais qui prive Madagascar d'emplois qualifiés, de revenus fiscaux et de savoir-faire industriel.

## Les terres rares : même logique exportatrice

Le projet Vara Mada d'Energy Fuels prévoit d'extraire **959 000 tonnes d'ilménite, 66 000 tonnes de zircon et 24 000 tonnes de monazite** par an sur 38 ans. Là encore, les débouchés sont orientés vers les marchés américains et asiatiques, sans plan de raffinage sur le territoire. Tirupati Graphite, qui opère deux mines dans la région de Toamasina, affiche la même logique purement exportatrice.

## Le verrou énergétique

Pourquoi si peu de transformation locale ? La réponse tient en un mot : énergie. Madagascar fait face à un déficit énergétique chronique qui rend les projets de raffinage peu compétitifs. L'ex-ministre des Mines a été direct : « La transformation nécessite beaucoup d'énergie. » Sans investissements massifs dans la production électrique — géothermie, solaire, hydraulique — le cercle vicieux persistera.

## Pourquoi c'est important

Dans un monde où les minéraux critiques sont devenus des enjeux géopolitiques, Madagascar dispose d'atouts considérables : graphite, terres rares, nickel, cobalt. C'est précisément ce que la transition énergétique mondiale réclame. Mais sans politique industrielle volontariste — exigences de transformation locale, fiscalité incitative, investissements énergétiques — l'île risque de rester cantonnée au rôle de fournisseur de matières premières brutes, laissant aux autres la part la plus lucrative de la chaîne de valeur.

*Source : Agence Ecofin, juin 2026 · 2424.mg · AllAfrica, mai 2026*